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Cabinet de Psychologie Samantha Rizzi

Alexithymie ou l’impossibilité d’identifier et d’exprimer ses émotions

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alexithymie

Vous connaissez certainement le sentiment de la boule au ventre que vous ressentez quand vous avez une discussion importante avec votre supérieur. Ou bien quand vous avez le souffle coupé à l’idée de devoir affronter la foule pour faire une présentation. Vous savez très bien que ces sensations physiques ont un rapport avec la situation.

Un alexithymique ne saura pas faire ce lien et ne mettra donc pas en rapport son mal de ventre avec la situation qui est entrain de se passer. 

Il est difficile pour ces personnes d’avoir accès à leurs sentiments, à leurs émotions. Les plus sévèrement touchés ont en effet énormément de mal à reconnaître des émotions comme la colère, la joie ou la tristesse. Pour les moins sévèrement touchés, ils auront du mal à distinguer des émotions plus subtiles comme la jalousie ou la déception. De plus, ils n’arrivent pas à les exprimer verbalement. 

Le résultat est que beaucoup d’alexithymiques peuvent sembler distants, rigides ou même ennuyeux. Évidemment cela ne veut pas dire qu’ils ne possèdent pas ces émotions, mais seulement qu’ils n’arrivent pas à les nommer ni à leur attribuer de sens. Ils ressentent des états physiques comme le mal de ventre ou le mal de tête, sans pour autant savoir déterminer qu’ils ont peur par exemple. 

On peut s’imaginer que cette particularité peut avoir des répercussions majeurs dans les relations avec les autres  ainsi que dans le traitement de situations stressantes et éprouvantes. 

Que veut dire alexithymie et d'où ça vient?

Le mot Alexithymie vient du grec et se traduit par „le manque de mots pour les émotions“. 

L’alexithymie n’est pas une maladie mais un trait ou un style de personnalité. Il semblerait que la génétique jouerait un rôle dans l’apparition de ce trait ainsi que les expériences traumatiques. Mais c’est surtout la négligence dans l’enfance des concernés qui semble être le facteur de risque le plus important. 

Nous venons au monde avec 5 émotions de base, à savoir la colère, le dégoût, la tristesse, la joie et la colère. Si les parents répondent adéquatement aux signaux de leurs bébés, ces derniers arriveront peu à peu à distinguer ces réactions physiques et les définir comme émotions. Si au contraire, les signaux ne sont pas pris en compte, les enfants n’apprendront jamais à mettre des mots sur leurs sentiments. Ceci arrive souvent quand les parents ne savent pas le faire eux-mêmes ou souffrent de dépression ou d’autres troubles mentaux.

Quelles en sont les principales caractéristiques et qui est concerné?

Les caractéristiques principales de l’alexithymie sont définies ainsi :

  • la difficulté à identifier les sentiments et à distinguer entre les sentiments et les sensations corporelles d’excitation émotionnelle
  • La difficulté à décrire ses émotions à d’autres personnes
  • La capacité réduite à l’imagination
  • Un style cognitif orienté vers des stimulus externes
  • Un manque de prise en compte de la perspective d’autrui ainsi qu’une difficulté à comprendre et à décrire les émotions d’autrui

Environ 10% de la population générale en souffrirait. Ce qui veut dire que si vous ne souffrez pas vous-même d’alexithymie, vous connaissez probablement quelqu’un qui est concerné. Il y a une légère tendance pour les hommes par rapport aux femmes, mais cette dernière est très minime.

Dans la population des personnes autistes, cette incidence monte même à 50%! 

L’alexithymie est définie sur un spectre, c’est-à-dire que les compétences des personnes au niveau de la reconnaissance et de l’expression de leurs émotions vont d’un bas niveau d’alexythimie à un haut degré d’alexithymie.

Ainsi il existe un type d’alexithymique qui n’arrive pas à exprimer verbalement ses émotions, mais qui n’éprouve pas non plus, ou en tout cas beaucoup moins, de sensations corporelles liées aux émotions. Il n’en a donc pas vraiment conscience.

Un autre type est une personne qui éprouve les mêmes sensations physiques que les autres, mais qui n’arrive tout simplement pas à les identifier et les exprimer par des mots, des mimiques ou d’autres gestes.

Une réponse classique à la question „comment décrivez-vous la tristesse ou la colère?“ Sera une réponse basée sur les symptômes physiques ou les situations externes et non pas une description de l’émotion en tant que telle. Ils répondront également souvent par „bien“ ou „pas bien“. 

Quelles en sont les conséquences?

Pas de possibilité d'apprendre à gérer ses émotions

Comme décrit plus haut, les personnes alexithymiques sont capables de ressentir que quelque chose se passe à l’intérieur de leur corps, mais ils ne savent pas lui attribuer une émotion. Ce qui fait qu’ils ne font souvent pas le lien entre leurs réactions physiques et le stress éprouvé. Le résultat est qu’ils n’ont pas la possibilité d’apprendre à gérer ce stress et les émotions résultantes. Au lieu d’interpréter les situations stressantes comme telles, ils expliquent leur tension émotionnelle par une simple réaction physique.

Les tensions relationnelles

Le pire c’est que les aveugles émotionnels savent très bien qu’il y a des choses qui se passent autour d’eux, mais ils n’arrivent à cerner qu’une partie de ces choses. Le résultat est un stress émotionnel permanent auquel s’ajoute la pauvreté d’expression sur leurs visages. 

Vous l’aurez compris, ces facteurs jouent un rôle dans l’interprétation que font les autres des alexithymiques et aussi dans le fait qu’ils auront du mal à se représenter les émotions des autres personnes. Ainsi, leur entourage se souciera ou se mettra en colère à cause de leur manque d’empathie et d’expression émotionnelle. En effet, ceci mène inévitablement à des tensions relationnelles si les besoins émotionnels des partenaires, des enfants et des amis ne sont pas satisfaits.

Beaucoup d’alexithymiques essaient même de copier les réactions émotionnelles des autres personnes afin de paraître normal et d’apprendre par coeur les réponses. Sauf que la plupart de ces derniers sera vu comme non authentique, ce qui conduira de nouveau à des tensions.

Le risque pour la santé

Le fait de souffrir d’alexithymie est un facteur de risque pour la santé. Le fait de toujours être sous tension et d’être victime de stress émotionnel permanent fait que l’alexithymie est considéré comme un facteur lié à un grand nombre de maladies :

  • les troubles de l’alimentation
  • Les troubles anxieux
  • Les dépendances
  • La dépression
  • Les maladies chroniques
  • etc.

Les alexithymiques souffrent plus souvent du trouble de la personnalité limite (Borderline) et sont davantage sujets à des comportements addictifs. Une explication est que ces derniers n’arrivent pas à gérer des situations conflictuelles.

Alexithymie et autisme

Comme expliqué plus haut, l’alexithymie est souvent observée comme accompagnant les troubles du spectre de l’autisme. En effet, environ 50% de la population des personnes autistes répondent aux critères de l’alexithymie. 

Les recherches actuelles suggèrent que le fait d’être autiste et en plus alexithymique, pourrait être un facteur fondamental dans les difficultés sociales rencontrées par les personnes autistes. Comme vous le savez, les personnes autistes ont des difficultés avec l’empathie (et donc le fait de se mettre à la place de quelqu’un d’autre) et la perception émotionnelle. 

Les difficultés au niveau relationnel et au niveau de la communication classiquement rencontrées par les personnes autistes sont donc davantage renforcées par l’alexithymie. 

Même si un grand nombre de recherches a été faite pour étudier la relation entre alexithymie et autisme, aucune n’a encore découverte de lien spécifique entre ces 2. 

Nous ne pouvons pas dire s’il existe un lien de causalité entre les 2, et si oui, si l’une est causée par l’autre ou vice versa. 

Si vous souhaitez en savoir davantage sur l’autisme, je vous invite à consulter mes articles dédiés à ce thème.

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Comment se faire aider?

Les thérapies cognitivo-comportementales (TCC)

Pour les personnes souffrant d’alexithymie une méthode d’intervention prouvée est la thérapie cognitvo-comportementale (TCC). Celle-ci se centre sur l’identification et la compréhension de la connection qui existe entre les pensées, les comportements et les émotions. 

Un but peut être la réflection sur ses propres croyances que l’on a des émotions et sur le fait de les afficher publiquement.

Une autre méthode pourrait être de corriger les interprétations erronées que l’on peut avoir sur ses sensations physiques et sur le concept d’émotions en général. C’est la restructuration cognitive.

Il existe un grand nombre de méthodes supplémentaires en TCC et de possibilités pour aider à gérer et à distinguer ses émotions. Il sera demandé au client de travailler ensemble avec le thérapeute et de réaliser des exercices afin d’approfondir ses connaissances et son apprentissage. 

La thérapie d'acceptation et d'engagement (ACT)

La thérapie d’acceptation et d’engagement (ACT), appartenant à la famille des TCC, s’avère être une méthode efficace elle aussi. Cette dernière est considérée comme une méthode qui envisage chaque comportement comme un acte dans son contexte. 

Son but ultime est d’entraîner la flexibilité psychologique, qui permet d’agir de façon variée en fonction du contexte et des conséquences de ses comportements (qui impliquent des émotions ou des pensées). C’est de redonner le goût et la disponibilité d’agir de façon plus variée à ces événements. Et donc redonner sens aux moments vécus.

Les 3 mouvements thérapeutiques principaux de l’ACT sont : 

  • l’ouverture aux événements psychologiques (l’acceptation et la défusion)
  • La conscience des événements psychologiques (le contact avec l’instant présent et le rapport au soi)
  • L’engagement en direction de ce qui compte pour la personne

Ce que les TCC et l’ACT ont en commun, c’est qu’elles se passent dans l’instant présent. 

Il est demandé au client de laisser venir ses émotions et de les prendre comme un observateur. Des exercices comme le body-scan, la relaxation, les exercices de respiration, l’entraînement émotionnel et le mindfulness peuvent aider à atteindre ces buts. 

Conclusion

Nous l’avons vu, un facteur de protection important est le fait de répondre aux besoins affectifs des enfants afin de les aider à identifier et différentier leurs émotions. 

Une question à se poser dans notre société actuelle digitalisée et informatisée est si nous nous prenons encore assez le temps de faire attention à l’autre, à ses signaux affectifs. Ceci est d’autant plus vrai pour les enfants et les plus âgés. 

Ces signaux ne sont pas seulement importants pour éviter l’alexithymie, mais également pour renforcer l’attachement. Et cet attachement est nécessaire pour la cohésion d’une société entière. 

Que l’on soit autiste ou neurotypique.

N’hésitez pas à me contacter en cas de questions ou si vous souhaitez prendre RDV.

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